Au cours d’une séance extraordinaire du conseil municipal de la commune de Fresnes l’an mil huit cent soixante et un, le Sept du mois de décembre, fut rappelée la délibération en date du 8 mai 1860 quant à la nécessité de construire une église nouvelle.

Pour entreprendre la construction de l’église actuelle, la commune dut acquérir les terrains nécessaires :

- le terrain Dewillez pour la somme de 15.000 f.

- les jardins Moche et Monnier destinés au percement de la rue reliant La Grand-Place à la future église pour la somme de 12.OOO f.

- Les maisons Payelle pour créer la Place de l’Eglise pour la somme de 12.OOO f.

Le coût présumé de l’édifice était de 269.700 f en 1864.                                         

Le plan d’ensemble, d’intérieur et de façade fut présenté par M. Maillard, architecte à Tourcoing.

Le devis total présenté par cet architecte s’éleva à 225.750 f pour l’église elle-même et 7.000f pour les sacristies et les dépôts.

Le 10 septembre 1864, le projet de construction fut voté par le conseil municipal présidé par M. Louis RENARD maire de Fresnes.

 

Il n’y eut que deux voix contre. La déclaration d’utilité publique pour l’acquisition des terrains se fit le 2 mars 1865 par 9 voix pour et 8 voix contre. Cette courte majorité enhardit les opposants à manifester lors de l’enquête commodo et incommodo. Ils répandirent dans la commune toutes espèces de méchancetés contre le maire et le curé, qui ne pouvaient riposter pour se défendre.

Ces opposants rédigèrent une protestation qui fut signée par dix membres du conseil municipal (celui-ci à l’époque comptait 21 membres, maire inclus). Ils la firent colporter de maison en maison dans l’espoir de recueillir le plus de signatures possible contre le projet. Ils affirmaient en substance que le maire et le curé allaient ruiner la commune, vendre les marais et accabler les habitants de lourds impôts. Ils parvinrent à comptabiliser 648 noms sans indication d’âge ni de profession. Sur ces 648 signatures, 256 étaient suivies d’une croix, beaucoup étaient illisibles et un bon nombre souvent répétées.

A la suite de cet événement, une enquête fut ouverte par M. BONNIER, juge de paix à Condé. Des 10 conseillers opposés au projet, il n’y en eut que 4 qui se présentèrent devant la commission d’enquête, alors que 121 citoyens vinrent librement apporter leur adhésion formelle à la construction de l’église. Le commissaire enquêteur réduisit à néant la démonstration de l’opposition. Il conclut que la délibération du conseil municipal en date du 2 mars 1865 avait son plein et entier effet.

On fit traîner les choses en n’inscrivant pas le projet à l’ordre du jour des différentes sessions du conseil municipal jusqu’aux nouvelles élections des 22 et 23 juillet 1865, où la liste conduite par M. RENARD fut élue, de sorte qu’il n’y avait plus à craindre les opposants à la construction de la nouvelle église.

Le 29 octobre 1865 eut lieu une réunion à laquelle assistaient le conseil municipal et 26 des personnalités les plus imposées du village sur 30 convoquées. Il s’agissait de délibérer sur le mode de paiement des travaux : la commune s’engageait pendant 35 annuités pour un emprunt de 150.000 f. Il y eut un vote à bulletins secrets dont le résultat s’établit comme suit : 34 oui pour le projet, 10 non et 2 bulletins blancs. Le vote du conseil municipal fut confirmé par 13 des plus gros contribuables sur 26.

Le projet fut définitivement accepté par la préfecture du Nord le 9 avril 1866. Ainsi allait être remplacée l’ancienne église, étant donné son état de vétusté, son exiguïté comparativement à la population, sa situation sous le rapport de l’hygiène et de l’agrandissement, sa situation sous le rapport du respect dû à l’exercice du culte (conseil municipal du 7 décembre 1861).

L’ancienne église vers 1860, peinte par DEZOBRY*. Cette ancienne église construite en 1646 et dédiée à Saint-Géry était située à l’emplacement de l’actuelle mairie, le chœur se trouvait à l’endroit où est aujourd’hui le bureau du maire de la ville. Le cimetière s’étendait autour de l’édifice. L’église fut incendiée en 1790 lors de l’invasion autrichienne et restaurée après les hostilités.

Le sous-sol de l’emplacement retenu pour l’édification de la nouvelle église n’était plus exploité par l’industrie houillère depuis 1845. D’après l’ingénieur en chef de la Compagnie des Mines d’Anzin, il n’y avait aucun risque de tassement de terrain. Il fit remarquer que les maisons jouxtant l’endroit retenu ne présentaient aucune lézarde.

Paris demanda que l’on apportât quelques modifications au plan initial. Quand cela fut fait, l’Empereur NAPOLEON III signa, le 28 novembre 1866, le décret autorisant la commune de Fresnes à ériger une nouvelle église en l’honneur de Saint-Martin, son patron. Le décret d’application ne parvint à Fresnes que le 15 décembre.

Les travaux furent adjugés par le sous-préfet de Valenciennes à M. DELPORTE. Pendant six mois environ, de vives discussions opposèrent l’architecte, l’entrepreneur et la mairie pour déterminer à qui incomberait la responsabilité en cas d’affaissement minier, toujours possible en dépit de ce que prétendait l’ingénieur des mines. C’est le sous-préfet qui tint le rôle d’arbitre. Après bien des péripéties, la commune accepta de prendre les risques à sa charge. Les discussions avaient duré jusqu’au 11 juillet.

Le traçage de l’église sur le terrain eut lieu le 7 septembre 1867. Le 11 novembre, ce fut la pose de la première pierre dans laquelle se trouve une boîte en plomb contenant des pièces de monnaie à l’effigie de l’Empereur et du Pape PIE IX, ainsi que la copie du procès-verbal rédigé comme suit :

« Commune de Fresnes, Canton de Condé, Arrondissement de Valenciennes, Département du Nord, Empire français.

                               L’an J.C. MDCCCLXVII

Le 11 novembre, fête de Saint-Martin, la 15ème année du règne de

Napoléon III Empereur des Français, la 21ème année du Pontificat Glorieux de Sa Sainteté Pie IX ;

René-François Régnier, Archevêque de Cambrai, Louis-Marie Renard, maire, Conseiller du Département, Chevalier de la Légion d’Honneur, Adolphe-Benjamin Taffin, curé de la paroisse depuis 1842

                                                               A été bénite et posée

                                La première pierre de cette église paroissiale dédiée à

                                                                    Saint-Martin

Par M. Philippe, Vicaire Général, Archidiacre de Valenciennes,

Chevalier de la Légion d’Honneur.

 

                Suit une longue liste du clergé des environs qui assista à cette manifestation.

                La boîte est enfouie sous le pilier gauche de l’église.

 La première pierre des sacristies fut posée le 7 mars 1868. Les travaux de fondation furent achevés avant les gelées. Ils s’arrêtèrent à trois tas de briques avant que l’on posât les pierres bleues. Durant l’hiver, il ne resta que quelques ouvriers qui furent employés au terrassement à l’intérieur de l’église. Aussitôt que le temps le permit, on reprit les travaux, de sorte que le 1er juin, la plupart des colonnes étaient dressées, couronnées par leurs chapiteaux sculptés. Les quatre colonnes principales, d’un poids de 15 tonnes, furent amenées sur place, à partir de la gare de Valenciennes, sur un chariot appartenant à la Compagnie des Mines d’Anzin tiré par huit chevaux de trait. Dès le mois d’octobre, la charpente était posée. Les couvreurs se mirent à l’ouvrage au début de décembre.

 En 1869, les visiteurs furent nombreux, curieux de contempler un si bel édifice bien que non encore achevé. En mai, les travaux prirent du retard : le ravalement de la pierre blanche extérieure, surtout dans la partie supérieure du bâtiment, risquait de provoquer d’importants dégâts à la toiture en ardoise. Il fallut déployer d’énormes précautions.                 


Une autre difficulté ralentit les travaux : il s’agissait de l’exécution du plafonnage (pose d’enduit sur les murs). Le conseil municipal acceptait de régler les frais inhérents à la taille des pierres blanches mais il déclarait ne pouvoir supporter les frais de ce plafonnage avant le remboursement de l’emprunt de 150.000 f. C’est la Fabrique (direction des ressources paroissiales) qui trouva quelqu’un acceptant de prêter la somme nécessaire, ladite Fabrique supportant les intérêts du prêt. La situation était sauvée. Le plafonnage fut entrepris sans plus attendre.

Les vitraux furent exécutés par François PE d’Auteuil. Cet artiste vint à Fresnes. L’abbé Adolphe Taffin décida avec lui la réalisation d’un ensemble de vitraux pour l’église. La commande concernait les trois baies du transept de la Vierge, les neuf vitraux du chœur et les dix-huit vitraux des nefs supérieures. Le curé s’engageait au paiement de 5.700 f à la réception des travaux et à régler le solde au fur et à mesure qu’il récolterait de l’argent grâce à une souscription organisée dans la paroisse. M. PE se montra accommodant, désireux qu’il était d’établir sa réputation dans le nord de la France.

Les autels furent exécutés par un artiste statuaire de Louvain appelé Vermeylen qui accepta de travailler selon les plans établis par M. Mailliard, architecte. La famille Renard offrit celui de la Vierge. Le maître-autel réalisé en pierre de Caen coûta 8.6OO f, les autels de la Vierge et de Saint-Joseph coûtèrent 5.750 f chacun. Ils furent installés pour le 1er mai 1870.

Monsieur Vermeylen exécuta également une Vierge en pierre qui fut placée à l’extérieur de l’église, dans le couronnement du transept, et qui porta le nom de Régina Mundi (Reine du Monde). Cette œuvre d’art, aujourd’hui disparue, était un don de M. Guyot-Cambien.

La souscription décennale pour le paiement du solde des travaux de l’église permit de collecter 3.000 f la première année. Le curé reçut également 2.OOO f de sa propre famille et 12.OOO f donnés par des personnes étrangères à la paroisse.

L’église fut consacrée le 20 juin 1871, Pie IX venant d’accomplir la 25ème année de son Souverain Pontificat, René-François Régnier, archevêque de Cambrai, Louis-Marie Renard, chevalier de la Légion d’Honneur, Adolphe-Benjamin Taffin, chanoine honoraire de la Métropole de Cambrai, curé e la paroisse depuis 1842 (étaient) présents à cette cérémonie.

La consécration solennelle de l’église paroissiale, du maître-autel dédié à Saint-Martin, patron de la paroisse et de l’autel dédié à Saint-Joseph a été faite par monseigneur Jean-Baptiste Lequette évêque d’Arras et celle de l’autel de la Sainte-Vierge pour monseigneur l’archevêque de Cambrai en présence d’un grand nombre de membres du clergé et de tous les paroissiens.

L’église possède quelques intéressantes statues dont la plus ancienne date du XVIIIe siècle. Il s’agit d’un Christ de Pitié en bois polychrome également appelé Christ aux liens ou Christ flagellé. Momentanément, cette œuvre d’art ne se trouve plus dans l’édifice. 

                        Le Christ de Pitié ou Christ flagellé                                                                    vierge et l'enfant de 1848. bois doré, yeux de verre

Saint-Martin, patron de la paroisse, est ici représenté en charité.                                   Ce Saint Roch en bois polychrome

Cette statue de 1736 Est en bois polychrome.                                                                   du XVIIIe siècle porte cette inscription sur son socle :

                                                                                                                                                  Grand Saint Roch, Détournez, nous vous en prions, de dessus nos têtes

                                                                                                                                                  coupables, les fléaux du Seigneur.

Comme d’autres bâtiments communaux, l’église actuelle paya un lourd tribut aux deux conflits mondiaux du XXe siècle, et plus particulièrement à celui de 1914-1918.

Guerre 14 – 18 Sur le parvis posent trois soldats allemands. Le clocher a été dynamité par l’occupant en 1918.

Cette photographie montre l’intérieur de l’édifice après le dynamitage.           
Les travaux de restauration ont été entrepris en 1924.

L’église fut pratiquement reconstruite à l’identique, sauf le clocher que l’on cimenta pour des raisons évidentes d’économie.
Le monument aux morts a été érigé sur le parvis en 1922.

L’église vers 1950

L'église Saint-Martin , par arrêté municipal, est fermée depuis le 10 novembre 2010. la municipalité, l’archevêché, la DRAC, l'association « ASTUCE » travaillent sans relâche afin de sauvegarder l’édifice et le rendre de nouveau accessible au culte


   Sources :

. Archives départementales.

. Journal de l’abbé Taffin

. Archives diocésaines.

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