L’histoire de la fosse du Sarteau est celle d’une lutte opiniâtre contre l’envahissement des eaux.

L’emplacement de la mine fut décidé par M. Jacques Renard, agent général de la compagnie des Mines d’Anzin, à la demande de la dite compagnie, le 4 juin 1822, sous la restauration. L’endroit était près de l’Escaut, ce qui devait permettre un chargement facile des péniches qui transportaient le charbon. Toutefois, le voisinage du fleuve risquait d’être un désavantage à cause de la nature marécageuse du terrain qui était susceptible d’être inondé en cas de fortes pluies ou de crues. Jacques Renard, conscient de ces inconvénients, avait mis en garde la Compagnie des Mines d’Anzin mais il ne fut pas écouté.

Entre le 4 Juin et le 19 juillet 1822, on entreprit le percement du puits sud du Sarteau, aujourd’hui totalement disparu, dans la cuvette que Jacques Renard voulait éviter. On creusa un puits mais, dès qu’on atteignit dix mètres on s’aperçut qu’on ne pouvait descendre davantage malgré la multiplication des pompes de cinq pouces (un pouce équivalait à 27,07 mm). Ce travail exigeait l’emploi d’au moins quatre cents hommes par 24 heures. Force fut d’arrêter le fonçage qui se trouva suspendu jusqu’à la fin du mois d’août 1822, afin d’installer une machine de rotation permettant de mettre en action deux pompes de quinze pouces. Malheureusement, le débit s’avéra insuffisant pour permettre l’épuisement des eaux. On installa des pompes supplémentaires actionnées à bras d’hommes, ce qui permit d’atteindre les terrains argileux imperméables appelés « les bleus ». Mais on ne posa pas immédiatement le cuvelage qui aurait contribué à juguler l’arrivée des eaux. Cette négligence eut pour conséquence un nouvel arrêt du forage.

Le 7 octobre 1822, M. Boisseau directeur de la division de Vieux-Condé, fit venir à Fresnes des spécialistes d’Anzin et d’Abscon qui parvinrent à épuiser suffisamment d’eau pour autoriser la reprise du forage. Puis on réalisa un bassin au-dessus du picotage* qui retint une grande partie de l’eau, de sorte qu’on pût consolider le puits qui menaçait.

De nouveau, on s’était rendu maître des eaux. Mais les responsables du chantier commirent la faute de laisser les terrains sans soutènement sur une hauteur trop importante. Les pompes cessèrent de fonctionner, l’eau monta rapidement, le terrain perdit sa cohésion. Un éboulement se produisit. Après cette catastrophe, les cadres et les ouvriers se découragèrent. Ils abandonnèrent peu à peu le chantier parce qu’ils croyaient l’avaleresse irrémédiablement perdue.

Déjà en 1812, Jacques Renard écrivait : Il y a bien longtemps que j’avais l’intention de faire nos fosses  octogonales au lieu de les faire carrées, d’abord parce qu’il y entrera un huitième moins de bois et qu’il est plus facile de trouver du petit (bois de cuvelage) que du grand, mais c’est qu’une fosse de cette forme est bien plus solide et moins sujette aux réparations. Au Sarteau on n’adopta cette forme de cuvelage qu’en 1823.

Le 14 novembre, un quatrième picotage amena le cuvelage à 18,70 mètres et permis l’assèchement complet du puits. On arrêta les pompes à bras mais, par précaution, on maintint les pompes à vapeur en activité. Ce fut une sage décision car, quelques jours plus tard, on rencontra un troisième petit banc aquifère qui aurait sans doute inondé le puits une fois de plus.

Le 3 décembre, on aborda la tête des dièves*, ce qui permit d’ancrer solidement la base du cuvelage. On le prolongea de 1,50 mètre au-dessus du puits afin d’exhausser le carreau* de cette hauteur.

Le 2 janvier 1823, le forage reprit. On atteignit enfin le terrain houiller le 10 janvier, à 39 mètres de profondeur. La passée rencontrée reçut le nom de Bienvenue, on comprend pourquoi ! Une galerie y fut creusée pour former pour un abri pendant le buquage (tir de mines). A 57 mètres, on rencontra une veine de charbon maigre de bonne qualité que l’on baptisa Saint-Joseph. Elle fut vite mise en exploitation en utilisant un manège de chevaux en guise de machine d’extraction. Cette veine était, disait-on, la plus belle des couches connues à l’époque dans la division de Vieux-Condé. Mais l’exploitation fut brève. Elle se limita à 558 tonnes parce que, de nouveau, l’eau inonda le chantier, le 12 août 1823, contraignant les mineurs à abandonner le travail.

On décida de porter les efforts sur les puits Nord qui avaient été ouvert quatre jours plus tôt. C’est M. Castiau, agent général de la compagnie qui détermina l’emplacement de la machine d’extraction. On ouvrit un avant-puit de 3 mètres de diamètre et 3,80 mètres de profondeur. L’avaleresse s’enfonça selon la forme hexagonale préconisée par Jacques Renard. Le puits Sud fut laissé en service pour assurer l’exhaure*, de manière à faciliter l’assèchement du puits Nord.

Le 9 septembre 1823, le travail reprit après l’installation d’une machine à vapeur pour améliorer l’exhaure. Cette machine s’avéra rapidement insuffisante. On en installa donc une deuxième d’égale puissance mais l’eau continua à monter. En désespoir de cause, on fit appel à tous les moyens disponibles : les deux machines du puits Nord et le manège du puits Sud vers lequel il fallut provoquer un appel d’eau en réalisant des saignées dans les couches de terrain attenantes au fond du puits Nord. Le niveau de l’eau baissa mais les parois risquaient de s’ébouler. On installa à la hâte un tronçon de cuvelage sans qu’il eût été possible d’entreprendre un picotage en dépit de quatre essais infructueux. Ce n’est que le 20 octobre qu’il fut enfin possible de poser un picotage sérieux à 20,30 mètres, bientôt doublé par un autre à 22,40 mètres. Après ces péripécies, on parvint à atteindre 30 mètres sans difficulté majeure. On se trouvait alors à l’endroit où les dièves imperméables permirent d’établir un huitième picotage qui endigua l’arrivée des eaux des morts-terrains*.

Le 10 janvier 1824, il fut décidé de supprimer l’exhaure. Malheureusement, à 40 mètres sous le tourtiat*, survint une nouvelle arrivée d’eau qui noya le puits jusqu’à 27,40 mètres de la surface, en cinq jours. Tous les moyens d’exhaure disponibles ne furent pas capables de juguler cette inondation. Il fallut adjoindre 24 tourteurs, en deux postes par 24 heures, pour parvenir à assécher le fond du puits, le 24 février 1824.

Avec 36 tourteurs, on parvint à traverser quatre mètres de sables aquifères  (grès vert) qui reposaient directement sur la veine Saint-Joseph. Quand le grès vert fut endigué grace à un ultime picotage établi dans le mur de la veine Saint-Joseph,  l’arrivée moyenne de l’eau pour les deux puits fut encore de 45 hectolitres par heure, d’avril à août 1824. Le fonçage du puits fut stoppé à 111 mètres.

L’exploitation de la veine Saint-Joseph ne reprit pas par crainte d’un nouvel envahissement des eaux. On démarra alors l’abattage à l’étage 111, dans la veine dite « du fond » (9 paumes). Mais la lutte contre l’eau restait permanente, ce qui augmentait considérablement le prix du charbon.

En décembre 1824, la production mensuelle n’était que de 13 tonneaux  (un tonneau = 2,83 m3). Cette situation mis en péril l’existence de la fosse. Le sort du Sarteau fut réglé en1825, à l’avantage des mines d’Anzin : la condition expresse était de libérer le puits de toute servitude d’exhaure pour ne se consacrer qu’à l’extraction. Le conseil d’administration prit la décision d’approfondir le puits Sud jusqu’à 116 mètres, pour le spécialiser dans l’épuisement des eaux.

En mai 1825, l’exhaure fut momentanément abandonnée pour n’être reprise qu’en juillet 1826, lors de l’approfondissement du puits Nord. Durant cet arrêt le niveau de l’eau était monté jusqu’à 35 mètres de la surface. Pendant la période de sécheresse de l’été 1825, on y puisa l’eau nécessaire au fonctionnement des machines de la fosse. Le Sarteau Sud, dit d’épuisement, entra en service le 1ier novembre 1827 et le Sarteau Nord, dit d’extraction, reprit son activité au rythme de 100 à 110 tonneaux par jour.

En perçant quelques trous de sonde dans le cuvelage, les mineurs s’aperçurent que le grès vert s’était totalement asséché, ce qui autorisait l’exploitation de la veine Saint-Joseph. Cette veine de 1,5 mètre permit de ramener le prix de revient à 1,12f le tonneau, comme dans les autres fosses.

La mise en service d’une machine d’extraction Edwards fit passer la production à 120 et même 140 tonneaux par jour. Cette amélioration fut la bienvenue mais le Sarteau, avec son unique étage à 111 mètres, ne possédait que très peu de réserves, bien qu’on eût découvert trois autres veines : la veine du Pied, la veine du Fond, la veine Nord. Il fallait approfondir pour tenter de découvrir des ressources nouvelles.

Le puits d’extraction fut alors approfondi. Mais il fallait en assurer l’exhaure, ce qui faisait chuter la production journalière à 70 tonneaux, de septembre 1836 au 14 juin 1837, c’est-à-dire durant la période de raval. On en profita pour faire les principales réparations. Durant l’été de 1837, l’étage 139 fut mis en service. On y extrayait un charbon d’excellente qualité. La fosse du Sarteau était considérée, à ce moment, comme l’une des »bonnes fosses »de la division de Vieux-Condé. Mais, hélas, l’essor fut stoppé en 1844, par crainte de l’envahissement des eaux.

L’approfondissement de 1844, entrepris dans la période de prospérité, entraina un nouvel arrêt de la production jusqu’en mai 1847. Cet événement fut fatal au Sarteau parce que, dès la reprise, il y a eu mévente, ce qui aboutit, pour de long mois, à la fermeture de la fosse.

En février 1850, l’activité reprit, à la faveur du chômage technique de la fosse du Trou Saint-Martin à Vieux-Condé. Mais la production fut volontairement limitée (11124 tonneaux pendant le deuxième semestre 1851), afin de ne pas augmenter le prix de revient. C’est à cette époque qu’un traçage dans la veine du Fond fut poussé à l’est de l’étage, à 219 mètres, dans la perspective d’éclairer le gisement à exploiter par l’avaleresse qui venait d’être ouverte en bordure de l’escaut.

En 1854, l’exploitation reprit de plus belle, une machine d’extraction de 16CV remplaça celle de 12CV . Cette installation eut lieu entre le 15 février et le 15 mai 1854.

Pourtant, le Sarteau n’avait plus d’avenir, les frais entrainés par l’exhaure alourdissaient énormément le budget de la Compagnie des Mines d’Anzin. De plus, il était nécessaire de remplacer le cuvelage du puits Nord, la dépense fut énorme, ce qui aboutit à la fermeture de l’exploitation.

Le Sarteau fonctionnait en circuit fermé, ce qui rendait l’aérage difficile. L’air était parfois irrespirable. On tenta d’établir une communication avec Vieux-Condé N°1 ou avec Outrewez qui fut la seule à être menée à bien mais trop tard !

L’exploitation fut définitivement arrêter au cours du 1ier semestre 1860.

On récupéra tout le matériel de fond. Un Serrement  provisoir fut établi dans le puits d’extraction, au niveau des morts-terrains, en janvier 1861. Le puits se remplit d’eau jusqu’en haut du cuvelage. On ne sait quand intervint le remblayage, mais le « tuyau » qui avait été conservéà travers les remblais ne fut cimenté qu’en 1890.

Après le serrement du puits Nord, on décida de conserver le puits Sud pour l’aérage de Vieux-Condé N°1 et d’Outrewez. Cette installation fut supprimée le 13 octobre 1862, dès que la fosse Bonnepart, à Fresnes, devenue centrale d’exhaure, put collecter les eaux du Sarteau.

Le Sarteau Sud fut comblé en même temps qu’Outrewez en décembre 1883.

La fosse du Sarteau avait vécu 61 ans.

picotage* : à la mine, enfoncer des tiges métalliques entre les traverses et le cadre de boisage.

dièves* : nom donné parfois aux marnes argileuses du nord de la France et de la Belgique.

carreau* : terrain regroupant toutes les installations aériennes de la mine.

l’hexaure* : épuisement des eaux d’infiltration.

morts-terrains* : à la line, un sol qui ne contient aucune matière utile.

tourtiat* : formation presque horizontale (sable vert du Cénomarien) qui recouvre les terrains houillers et dont la faune atteste le passage de la mer.

serrement* : à la mine, cloison intérieure pour arrêter les eaux.

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